Ils évoquent tous les deux des plages bondées, des ruelles encombrées et des files d’attente interminables. Pourtant, tourisme de masse et surtourisme ne désignent pas exactement la même réalité. Le premier décrit un modèle touristique fondé sur l’accueil d’un grand nombre de voyageurs. Le second apparaît lorsque la fréquentation devient excessive par rapport aux capacités d’un lieu.
Sommaire :
Le tourisme de masse, un modèle fondé sur les grands volumes
Le tourisme de masse correspond à la démocratisation des voyages et à leur organisation à grande échelle. Il s’est notamment développé avec les congés payés, l’augmentation du niveau de vie, l’essor de l’automobile, des vols à bas prix, des voyages organisés et des grandes infrastructures hôtelières.
Son principe est simple : permettre à un maximum de personnes de partir, souvent vers des destinations facilement accessibles et déjà très connues. Stations balnéaires, domaines skiables, parcs d’attractions ou complexes de vacances sont ainsi aménagés pour recevoir d’importants flux de visiteurs.
Le terme est fréquemment employé de manière péjorative, mais voyager en nombre n’est pas nécessairement un problème. Un territoire doté de transports adaptés, d’un réseau d’assainissement suffisant, de nombreux hébergements et d’équipements dimensionnés pour la haute saison peut accueillir une forte fréquentation sans être débordé. Le tourisme de masse peut également soutenir l’emploi local, rendre les vacances plus accessibles et financer des infrastructures utiles aux habitants.
Il possède néanmoins des effets indésirables possibles : artificialisation des littoraux, uniformisation des commerces, dépendance économique au tourisme, hausse de la consommation d’eau ou production accrue de déchets. Ces conséquences dépendent toutefois de la manière dont l’activité est organisée, et pas uniquement du nombre total de vacanciers.
Exemples : des endroits prévus pour accueillir une masse de touristes
C’est le cas de Benidorm, la Costa del Sol ou d’autres grandes stations balnéaires françaises. Ces destinations disposent de nombreux hôtels, restaurants et équipements spécifiquement conçus pour accueillir beaucoup de vacanciers.

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Le surtourisme apparaît lorsqu’un lieu ne peut plus absorber les visiteurs
Le surtourisme, aussi appelé « overtourism », ne désigne pas un type de vacances, mais une situation de saturation. Il survient lorsque le nombre de visiteurs, concentrés au même endroit et au même moment, provoque des effets excessifs sur la population, l’environnement ou l’expérience des touristes eux-mêmes. Le Parlement européen le définit comme une fréquentation excessive de certains sites entraînant des conséquences indésirables pour les lieux concernés.
Il n’existe donc pas de chiffre universel à partir duquel une destination bascule dans le surtourisme. Dix mille visiteurs peuvent être facilement absorbés par une grande station, mais submerger un village, une île fragile ou un espace naturel dépourvu d’infrastructures. Tout dépend de la superficie du site, de sa population permanente, de ses ressources, de ses accès et de la période concernée.
Les signes de saturation sont généralement visibles : embouteillages, logements devenus inaccessibles aux habitants, transports surchargés, dégradation des sentiers, pénuries d’eau, accumulation de déchets ou disparition progressive des commerces du quotidien. Le surtourisme peut aussi détériorer le voyage lui-même lorsque les visiteurs ne découvrent plus qu’un lieu congestionné.
Exemples : des endroits victimes de leur succès
- Venise : l’afflux de visiteurs à la journée surcharge le centre historique et accentue les difficultés de logement des habitants. La ville a instauré un droit d’accès certains jours de forte fréquentation.
- Maya Bay, en Thaïlande : rendue célèbre par le film La Plage, cette baie a dû fermer plusieurs années après la dégradation de ses coraux et de son écosystème par les visiteurs et les bateaux. Son accès est désormais encadré.
- Machu Picchu, au Pérou : la concentration des visiteurs fragilise ce site archéologique, où les entrées sont limitées et organisées selon des horaires et des circuits précis afin de mieux répartir les flux.

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Pourquoi les deux notions sont-elles autant confondues ?
La confusion vient d’abord des images utilisées pour illustrer ces phénomènes. Une plage pleine ou une rue noire de monde suffit souvent à faire parler de surtourisme. Or une forte affluence ponctuelle ne prouve pas à elle seule qu’un territoire est dépassé. Il faut observer ses conséquences concrètes et la capacité du lieu à y répondre.
Le tourisme de masse peut évidemment favoriser le surtourisme. Les comparateurs de prix, les compagnies aériennes à bas coût, les plateformes de réservation et les réseaux sociaux orientent parfois des milliers de personnes vers les mêmes destinations. Le calendrier renforce cette concentration : vacances scolaires, ponts et climat estival conduisent de nombreuses familles à partir pendant les mêmes semaines.
Mais le lien n’est pas automatique. Une destination très fréquentée toute l’année peut maîtriser ses flux, tandis qu’un site jusque-là discret peut soudain être saturé après une forte exposition sur les réseaux sociaux. Le problème central est donc moins le nombre annuel de touristes que leur concentration dans le temps et dans l’espace.

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Peut-on limiter le surtourisme sans empêcher les gens de voyager ?
Vouloir découvrir d’autres régions ou d’autres pays est parfaitement légitime. Faire porter toute la responsabilité sur les voyageurs serait trop simple, surtout lorsque les familles sont contraintes par les dates des vacances scolaires. Les pouvoirs publics, les plateformes et les professionnels du secteur disposent de leviers beaucoup plus structurants.
Les destinations peuvent instaurer des réservations, limiter l’accès aux sites les plus fragiles, réglementer les locations de courte durée, développer les transports collectifs ou mieux répartir les visiteurs entre plusieurs quartiers. La promotion de lieux moins connus et des séjours hors saison peut également réduire la pression, à condition de ne pas simplement déplacer le problème vers des territoires qui ne sont pas préparés.
À leur échelle, les voyageurs peuvent éviter les sites les plus célèbres aux heures de pointe, séjourner un peu plus longtemps au même endroit, choisir un hébergement déclaré et consommer dans les commerces locaux. Les parents ne peuvent pas inventer de nouvelles dates de vacances, mais ils peuvent parfois jouer sur les horaires, les destinations ou les zones visitées. Il ne s’agit donc pas de renoncer au voyage, mais de mieux répartir les flux et d’adapter chaque destination à ce qu’elle peut réellement supporter.
En résumé, le tourisme de masse est un modèle ; le surtourisme est une situation de débordement. Confondre les deux conduit à accuser indistinctement tous les vacanciers, alors que la saturation résulte aussi de choix d’aménagement, de régulation et de promotion. La véritable question n’est pas de savoir s’il existe « trop de touristes » en général, mais s’ils sont trop nombreux au même endroit, au même moment et au regard des capacités du territoire.






