-1O° Celsus
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Trente-cinq degrés à l’azur de tes paupières, il faudrait ouvrir la fenêtre. Je panique. Il est midi, le soleil caresse la coupole de nos crânes. A tes pieds, des canettes de coca éventrés, de la bouffe de chez l’épicier, des cacahuètes, de la brioche, des esquimaux et des restes de soupe. Je regarde par terre, je regarde tes grands pieds, écrasés, engoncés dans leur cuir vieillis, je regarde ce mauvais plan, la lumière qui aspire les coins de pièce, qui balance du lumineux en pleine gueule. Du cru. Il y a déjà là, cette foutue canicule toulousaine, on peut peut-être éteindre les lumières. Non ? -Respire. Tu tiens les kleenex à la portée de mon nez, tu les tiens avec un peu d’éther sur le dessus, histoire que je reprenne des couleurs. -Respire. Tu rigoles. Tu oses écarter tes lèvres et faire jaillir tes dents, ces jolies canines que j’ai sucées, l’une après l’autre, tes glacis sexuels, tu rigoles. Tu oses. -Respire. Je m’excuse. Je te regarde et je m’excuse en pleurant, les paumes tournées vers les épaules, en position de désolation. Je te montre comment l’œsophage s’est bloqué, je plaque ta main sur ma glotte, histoire de voir où elle en est. Je te force, en te bombardant de pardons, je te force à m’ausculter, le ventre, la paupière. L’état organique. La situation lacrymale coincée à 90 ° sous la rétine gauche. Tu vas me quitter. Je le sais. Ne le répète pas, Caïn. Mon cerveau absorbe aussi. Ne le répète pas Caïn. Tu caresses mon nez, ma morve et mes cheveux, comme l’on embrasse son cheval de course, lui tapotant la robe, la douce encolure vieillie, les yeux fous, du canasson que l’on ausculte avant l’abattoir. Tu me cajoles. Tu me fais du mal. Tais-toi, Caïn, ne le répète pas, tais toi Caïn, ne me demande pas de ne pas hurler, je hurle si je veux, la fenêtre est close, on transpire pour dix ici, les voisins sont fous ou snobs, les voisins ne m’entendent pas de toute manière. Laisse moi chialer Caïn, je m’étouffe si je veux, éloigne cet éther, je ne suis pas un animal, j’étouffe, je suis bien, la température est insupportable, déshabille moi, j’ai chaud, j’ai chaud, j’ai soif Caïn. Tu vides les bouteilles de coca, elles sont éventées, sèches, dégueulasses et tiédies par la chaleur, il reste des fonds, des flaques au fond des bouteilles, tu me les laisses inhaler. Tu es bon Caïn. Tu me quittes mais tu ne me laisses pas crever. Tu appliques les mouchoirs sur mes narines, tu fais des bateaux blancs sur mon nez, des pliages, ça me fait rigoler. Laisse moi Caïn. La rupture c’est un acte solitaire. Je me laisse amputer et ce que l’on me retire, ce n’est pas toi Caïn, c’est seulement le souvenir, le souvenir déjà d’un autre souvenir. Tes couilles. On regrette forcément un organe. Il faut bien chosifier l’autre. Tes couilles, elles ne faisaient pas peur. C’est bien ma veine, moi, avec les autres types, qui n’aimais pas leur chaire molle, leur cirque d’hiver de l’entrejambe et leurs clowns abscons et jumeaux, qui se balançait salacement. Je te regarde dans les yeux, Caïn, je fais l’inventaire, de tout ce qui me manque déjà. Je pioche au hasard et non, excuse moi, je ne vois rien d’autre, ta paire de couilles. Voilà, ce que je regrette. Elles ne me font toujours pas peur, d’ici, on dirait des œufs, je me lève, tu recules, non vraiment approche, ta paire de couilles, elle ne me dit rien. Là. La problématique des cartons ? Il y a des supermarchés. C’est un détail qui se règle. De toute manière, je n’ai pas beaucoup d’affaires, tu sais. Dix. Je pense que c’est un nombre qui suffira, dix cartons, on y est largement. On prendra ta bagnole, celle qui a le peau d’échappement cassé et on ira chercher des cartons. Pour en finir. Je prends mes affaires. Moi aussi, je suis d’accord. C’est dégueulasse Cain ce que
Je suis d'accord pour tout, pour les formalités d'usage, pour que tu te sauves, pour mon hiver à me caresser les pieds seule. Seule, de toute manière, je suis seule avec ou sans toi Caïn, tu ne me suffisais pas. Tu es tout et l'inverse en même temps. Je te regarde et c'est vide. Je n'ai plus envie de faire califourchon sur ton dos qui se ride déjà. Il est laid vois-tu. Tu es grand, tu es beau. Tu es infâme. De toute façon, je n'aimais plus ton souffle gras, ton rire quand tu me parlais de mon bras ambidextre, de mon nez, de ma peau, on y faisait glisser de l'eau, j'étais sèche, rien ne s'absorbait, j'étais aride, ta manière de me reprocher, ma façon clitoridienne, je n'aimais plus la sexualité, ton rein. Fais- moi l'amour. Caïn, j'en ai encore envie. Après nous prendrons les cartons. Après je ne partirai pas, je ne monterai pas dans cette foutue bagnole, je ne prendrai pas mes affaires, je ne remplirai pas les cartons. Cesse de rire. Tu me quittes. Ce n'est pas amusant. Tais-toi. Dis quelque chose, ne laisse pas le silence en crevasse. J'entends le son, c'est bruyant, c'est infernal. Va voir les voisins. Raconte leur que tu es infâme, que tu me battais, que tu m'as laissé seule dans Paris et moi je perds toujours dans Paris.Va voir les voisins, dis leur, comme tu es un trou, noir, un vide absolu, abscons, intransigeant. Les voisins sont gentils, ils sont ouverts. Simples d'esprit. Ne leur parle pas. ce sont des gens fiers, des gens avec des fronts trop larges. Tu n'aimes plus mon nez, je le savais, il est trop grand, trop long. Il est caractériel, toi tu es faible, tu ne sais pas faire. Ne me laisse pas, je vais rester avec mes cigarettes, je vais tout fumer, je vais m'attraper des cancers, je vais finir pâle, je suis forte, ce que tu dis ne m'atteins pas. Je regarde la neige qui coule, je regarde ton silence cacophonique, je mange un esquimau, je mange chaud, la température est basse, je t'avale les mains, c'est difficile Caïn, tais toi, j'ai le droit, j'ai tous les droits, j'ai le droit de pleurer la bouche vide, de te battre le flanc avec les poings, toi tu es faible. Elle s'appelle Annabelle? On dirait un nom de poupée, une saleté à la bouche ronde et aux robes bleues, je ne veux pas savoir le grain de sa peau, le mordoré gris pâle de ses yeux, sa manière de te chevaucher, je ne veux pas savoir, le contour de ses poignets, tais toi Caïn, tu me quittes, mais je m'en vais avant. Parle, dis n'importe quoi, lorsqu'on se souillait dans les bars, lorsque je tapais du pied et que tu me peignais, j'étais droite dans la salle de bain, tu me faisais des anglaise, je prenais des bains, on s'arrachait les peaux mortes, on crevait la dalle, battait le pavé, on apprivoisait la ville, on s'octroyer toutes les villes, on crachait sur les autres, on les trouvait moches, sales et doux, on ramassait des poulpes, on ne leur en donnait pas, on était arrogants, on était altruistes, on buvait du vin blanc sur nos peaux cramés par le soleil, on s'attachait les cheveux, on jouait aux filles, on jouait doucement, comme des enfants sages, on était insupportables, on balançait des bombes de cartons dans des cités industriels, on était sales, on faisait l'amour huit fois par jour, après tu pleurais, tu saignais et moi je te forçais à continuer.On était rangés, Caïn, on était consciencieux et raisonnables, tu m'as fait avorté deux fois, tu n'aimais pas les médicaments, tu détestais la science, tu ne m'as pas tenu la main entre les cages métalliques qui dégageaient le foetus, tu étais doux, tu m'as épongé le front, tu avais les pieds sur terre, tu aimais les mathématiques. Caïn, tais toi, attrape tes cartons, tes fichus torchons d'éthers, ta poupée Annabelle, la grande conne avec sa langue russe, prends le volant, dis adieux aux voisins, les fiers, les bourgeois, jette les ordures, ouvre la fenêtre, j'ai chaud c'est glacial ici, fais moi l'amour une dernière fois, ne me touche pas sinon je te mords, n'oublies pas la serrure, j'ai des cigarettes, c'est bon, vas t en en paix, n'oublies pas que je crève sur ta conscience, je regarde l'aube qui caresse la ville et je ne respire pas.
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Paris. 11ème.
Debout, devant la fenêtre, je mange une soupe, je me brûle, je regarde le temps gris. J'écoute Schubert, Der Wegweiser, je pense au précédent locataire, il avait un grand piano, à la place de mon lit. Je pense à des grandes mains, des veines fines, j'y pense en souriant, les doigts qui décrochent de la soupe, je pense à mes cinq heures de travail acharné de la matinée, l'urgence. Je m'y sens bien.
Hier à la gare, le rail me faisait l'effet d'une tumeur, et l'allumette cassée, j'allumais ma cigarette avec du vent, les autres passaient sur ce quai de gare immense, dehors la pluie, je ne voyais plus Antoine, ni cette foutue clope arrachée, et je chialais seule, minuscule, comme une enfant brouillonne, de mon coeur vide qui n'aimait plus les hommes, ni même l'hiver, on se sent bien vide lorsque la rage nous quitte, alors je restais pâle, la cigarette molle, avant qu'on ne me l'allume, d'un passant engoncé dans une longue écharpe et déjà, il était loin, laissant les locomotivess lasses dans des hangards impersonnels, et d'une main gauche gelée, je suis restée la paume vide, contemplant un briquet bleu anonyme.
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O%
0% de Franck Ruzé, c'était ce petit bouquin rose Barbie que j'avais aggripé il y a plus de deux ans sur un rayon de librairie, dehors, c'était la canicule, c'était mon premier Paris, le soleil tapait comme un guignol, je buvais de l'eau tiédie dans mon foyer, quatrième étage, chambre de bonne. Hier soir, je rencontre l'auteur par hasard, aujourd'hui, je fouine un peu sur les critiques, tombe sur un papier complétèment assassin, complètement infondé. Les héroines de O% sont fines comme des bâtons de Canderel et on s'amuse bien des petites séquences magnétoscopées. Personne ne parle de l'humour Ruzé, on nous alimente avec un touin touin sur l'anorexie, oui mais, j'ai trouvé que O% était drôle. Sarcastique oui. Drôle. Pas vu une seule critique qui parle d'ironie, or, le bouquin en contient une bonne dose, je crois.
Quarante-huit heures à peine, en transit intestinal, d'un mauvais thé dans un gobelet plastique sur un vol Toulouse Paris, l'hôtesse annonce qu'il fait 2°, la température est positive, le ciel est brume, sous mes pieds les nuages, je parcours un article du Monde, terrifiant, la petite russe (?) retrouvée en train de jouer avec les pieds de son père pendu, j'ai mal au crâne.
Je suis un peu perdue, j'ai les pieds écorchés, presque salopés avec des ampoules, des callositées énormes. Je suis dans les grandes bottes de Syl, avec un énorme talon, je pense à mes pieds, l'heure à traîner dans le Monoprix, en rond, devant le rayon "pieds abimés", je téléphone à Syl, je lui dis que je suis en avance.
Nuit glacée. Je rejoints Antoine. Un bain de pieds pour mes doigts endorlis, en foetus enroulé contre son coup, il dit "le bordel, ça suffit."
Le lendemain midi, Oberkampf, je fume une clope devant Antoine qui mange un pavé de boeuf, je prends un train. Retour sur Toulouse.
Dans le compartiment 33, je le regarde, et puis les mains en entonnoir contre la vitre, debout, dans un couloir famélique, je me gifle à coups de sapins bordés de neige boueuse, d'autoroutes sales et de végétation précaire, ça défile à folle allure la campagne, et puis je regarde le type en lui disant d'une voix douce: "Mais y a rien à foutre à Brive la Gaillarde?"
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D'un coup de fil.
"4h26 saoul jusqu'a la moelle, emporté par un Denis endeuillé de la mort de sa grand mère, je ne pense pas vraiment a toi, je garde juste les dires, ton ffice ffice" />
rejet et notre non communication; des autres filles me tournent autour, des
putes ou un maquereau, je ne sais pas faire la différence, Denis non plus
d'ailleurs. mon manque de curiosité me préserve, j'ai fait le lit, au moins,
quelqu'un en sera satisfait, bonne nuit"
Je rentre chez moi, vers midi. En vrac, un mail d'Antoine, un mail nocturne qu'on regarde le jour levé, avec un oeil borgne, un regard triste. D'un coup de fil en coup de vent, devant une porte cochère Toulousaine, les mains gantées de froid dans un imperméable trop léger, je lui disais tout bas à Antoine, l'hystérie insupportable de maman, et puis je lui parle d'argent, alors que ni lui, ni moi, n'aimons ce sujet, on évite pourtant si bien les comptes bancaires et les découverts, alors tout bas, je lui répète à Antoine, qu'il me rejette, en petite fille égoiste et plaintive. Et sous la porte cochère, j'ai froid. A quatre heures du matin, je sais qu'il est soul, et moi, à l'autre bout de la France, je suis toujours sous les portes, des aérations, des brises soudaines, un ganglion à la george, je ne bois plus que ma peine. Et j'ai toujours aussi froid.
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Revenir vive.
Cette nuit, en différé, je reçois deux messages. Antoine qui me demande si j'ai emporté "faire l'amour" et S., en réponse au cauchemar sur la petite souris, qui me demande de vite revenir vive.
Je pense à Elsa, à ses jolis talons, sa blondeur toujours exquise ou ses jambes qu’elle allongeait avec négligence. Ses jupes trop courtes, ses bottes vintages, ses clopes légères, sa manière de dire "tu sais", nos Lina's en terrasse surchauffé avec les paniers crudités pour le drainage. Je pense à n'importe quoi et ça me fait sourire.
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La chine.
13h "Je ne savais que répondre hier à ton mail. Je n'avais que des agaçements, des crispations, des colères petites, des tristesses dociles."
S. me réponds, il comprend les choses de travers, ne me capte pas, ou mal. Toujours sous un angle différé, un flou, qui me rend cruelle.
Je m'endors tard. Je me réveille tard, sans réveil, naturellement vers dix ou onze heures, je ne mange rien. Je tente quelques phrases, timides, pour mon rapport de stage, j'explique le trajet d'un manuscrit ou de la difficulté du refus-type. Je m'y mets sans en vaoir l'air. Je parle à Charlie, un vieux copain du lycée, il est en Chine, me parle d'activités illégales. Je me souviens de sa jambe presque amputée, malmenée par un accident de moto, une sorte de cage métallique enserré autour du genou, je lui avais fait l'amour sur le dessus, étouffé, entre la jambe de bois, le plafond mensardé de sa chambre. Il m'envoie des photos, son amie, depuis un an, une asiatique avec des lèvres rouges, il sourit, il blanchie du pognon, une histoire de Villa, ça me fait rire. Je ne l'ai jamais vu autrement que comme ça. Les cours d'économie, où je ne voulais jamais m'asseoir à côté de lui, je ne pouvais plus rien noter, il parlait trop, il faisait du bruit avec son ventre, sa jambe, il séchait tous les cours, il draguait les inspectrices aux oraux du bac de français, il s'en sortait, d'une intelligence rare, hors des sentiers battus et du carcan scolastique. Il me parle de Rachel, Julia, Emilie. Je ne mets plus les visages, les masques, je vois des joggings flous, des cours de sports tronqués, des cours de maths et des cheveux qui glissent, c'est tout. Le lycée.
Je pense à Béatrice. Je pense à son manuscrit refusé. Ses longues phrases, ses errances cinématographiques, mon café, et puis mon thé, elle parle, toujours, son thé et puis son Coca, elle a presque quarante ans, je crois, elle est belle, encore, elle me demande si il faut trancher dans l'écriture, si il faut couper, si c'est grave, et moi, je la regarde, je lui dis qu'on va tout essayer. Parce-que c'est important ce qu'elle a à dire.
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EXIT
"Je fais des rêves sanguins, des rêves qui n’en finissent pas et je me réveille en sueur, les lèvres comme des crevasses, en manque d’eau, une nuit déshydratée qui ne dépasse pas trois heures du matin au cadran. Je me sens exaspérée, sans doute par l’horaire du train, par les bagnoles qui s’écrasent et se foulent le klaxon boulevard Voltaire, devant chez moi, à des heures indécentes, sans répit pour ceux qui fatiguent. Je sue, je bois, je passe une nuit à rallonge, tu sais, celles où l’on cogne l’œil d’agacement contre l’oreiller en criant « je veux dormir » et plus l’on s’agite moins le système nerveux se calme. Je fume des Vogue ultra légères, puis des clopes très cancéreuses, j’alterne, je suis sur les genoux, en équilibre, j’attrape des crampes, je refais quatre fois ma valise, j’apporte trop de choses, je casse une boucle, j’estropie un escarpin et puis j’aère tout, en faisant valdinguer les fenêtres. Même la gare semble éreintée, gerbant de tous ces hybrides fatigués, je me fais pousser dans le métro, on me marche dessus, mon imperméable se casse la gueule, un homme ne me demande pas mon avis : il porte mon sac jusqu’au quai. "
J'écris un long mail à S, je reviens de Paris, je suis fatiguée, je mange en vrac de la brioche et des cookies, pour compenser, comme si je n'avais jamais quitté ici, cette foutue campagne: l'ennui. Les parents gueulent dès mon arrivée, je ne connaissais plus ce taux d'exaspération, je retrouve l'hystérie de ma mère, l'hystérie permanente qui rythme la matinée, je retrouve la faiblesse contagieuse de mon père, j'ouvre les placards, je mange, pour oublier, que non, rien n'a décidément changé.
Les gens s'en vont. XXX raccroche une fois de plus. Il me traite comme une névrosée "avec tes trois lessives", il me flatte comme l'handicapée qui ne sait plus faire la base, le B A BA, puis me jeter, d'un panneau EXIT. Je le laisse. Je le laisse partir et j'en suis triste. Je suis épuisée. A chaque fois je reviens, je m'excuse, je m'en pardonne en disant "oui, je suis folle, c'est pour ça", on me blesse, on m'articule, c'est bien. Je suis fatiguée. Mes parents n'ont pas grandi.ffice ffice" />
Antoine m'emmène à la gare ce matin. Antoine m'emmène à la gare et c'est important. Ca me rappelle qu'il est là, qu'il va partir lui aussi, qu'il a crié lui aussi, en mettant mes habits pèle mêle sur le canapé à Paris, en disant d'une voix ferme "dégage".
Les hommes me tendent des panneaux EXIT. Les autres me coincent les sorties de secours.
Antoine, je le couvre sans doute un peu trop de mes bras, ce matin, huit heures, XXX m'a dit "regarde les actes, rien que les actes". Je regarde l'acte. Antoine, ça c'est important. Il dit que c'est peut être la double rupture, moi je ne dis rien, il me tourne le dos, il semble soulagée. Je regarde l'acte. Ca m'évite de pleurer là.
Je parle à Antoine, hier tard, de mon désir.
Je ne veux plus faire l'amour. Concrètement, je n'en ai plus envie. Je m'en fiche. Je fais du sexe un sport de solitaire. Comme ma vie. Je ne partage plus.
S. ne me fait aucun signe. Je ne m'affole pas. Je parle dans le vide. Je pense beaucoup à Antoine. Je fais mon deuil. Je pense à moi. Je n'avance pas. Je pense à un rapport sur "L'édition", quelque chose de bien. Quelque chose qui décortique le problème. Je n'avance pas. Je pense à faire du sport demain, perdre 4 kilos, écrire.
Je pense aux hommes qui s'échappent de ma vie. Je les laisse, sortir, s'enfuir, et m'abandonner. Ils courent sur la pointe des pieds. Devant eux, des panneaux EXIT. Moi, je suis fatiguée.
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