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    Angine blanche. Dehors, ça grêle. Et parfois, j'électrocute Ernest et puis je le quitte. En souriant.

Taxi mauve et vieilles peaux qui me collent, la bouche, je demande à Elsa, les ongles écarquillés, ça fait comme des éponges, dehors Paris s'époumone, taxi sous nos quatre pieds, on tire la langue à quelques motards, envie furieuse de leur croquer le casque en leur rabattant le caquet, petit alcool, malgré la maladie, taxi. Je lui demande à Elsa, comment ça fait. Elle dit que ça ne fait pas mal. Il suffit de fermer les yeux. Mais dans les taxis j'ai mal au coeur, alors j'ouvre les fenêtres et en gifflée creuse, je bois comme l'on se soule, d'un recoin d'un fleuve, c'est presque givré. Aucune envie d'aller toucher Ernest, alors talons crissant et sur la peau d'Elsa, c'est plus rassurant, de renverser son ganglion dans le champagne du voisin, le producteur est furieux, il n'aime pas mes amygdales, je lui réponds que je m'en fous, battage du pavé, j'avale du tabac en forme de foin, Elsa fait la poule dans mon coup. Je bois du coca, sur le ventre d'Ernest, il sèche mes cheveux en me donnant des médicaments, me demande si je l'aime. Et moi, je ne ne sais vraiment pas. Après, on joue à se faire des colliers avec nos ganglions, Elsa sourit, Ernest sature et moi je lui demande, à Elsa, comment ça fait. Elle ne sait vraiment pas.

17.2.06 19:15




J'appelle maman, et j'aimerais bien qu'on me rapatrie, un peu, dans ma chambre d'adolescente. Une chambre loin d'ici, une chambre dans un vestige de campagne, qui n'ai plus la gueule de Paris, mais un papier peint couleur mélancolie. J'appelle maman et je voudrais bien la possibilité d'un exil, une fenêtre grise et l'ennui.
16.1.06 08:29




Tu dis que je suis la meilleure chose qui te soit arrivé, tu dis, tu dis beaucoup de conneries, tu me parles d'elle, de ces corps abscons et féminins qui vont chavirer tes nuits, mais à peine, tu souris gras, avec tes mains sur ma peau. C'est bien. Alors on va classer les choses, tordre leurs longs coups fins, alors c'est ça, du darwinisme amoureux, de la sélection des genres, de celles qui vont cogner, de celles qui claquent les portes, tu vas classer, c'est ça, le meilleur, les jolies choses.
Je suis la chose. Je suis cette entité abstraite. Je m'en fous, j'avale les klaxons, je règle mes comptes, mes ruptures, toujours un homme de retard, toujours mal aux pieds sur cette foutue chaussée. Je te laisse avec ton darwinisme, ta façon de me dire à Noel, elle aime un homme marié, de me dire c'est faux, elle n'existe pas, en fait, c'est vrai, je t'offre un collier pour tes vingt ans, comme ça tu vas grandir, tu me fais sourire et après tu gâches, je n'écoute pas, je pense à mes ongles, je pense à un jardin, un lieu vers Antibes, je pense à des manèges, des trucs bons et chauds, ça m'évite de t'écouter, de savoir comme untelle est baisable, comment une autre s'oublie vite. Ce n'est pas moi. Ce n'est pas toi. Ce sont des histoires qui ne me concernent pas. Tu voudrais un entonnoir me le mettre de force dans les cavités, pour que je t'écoute, pour que je te console, pour que tu me touches peut être, ton darwinisme amoureux, ta façon de classer, de me dire de douces choses qui raisonnent comme des soloperies. Je suis la chose.
Il y a les femmes. Et puis moi. La chose. C'est tendre, c'est émouvant, ça palpe, c'est drôle. Pleine de fonctions au rabais. Promotion. Je me fais draguer uniquement par les plombiers, les internés et les fuyants, alors moi, c'est facile, c'est soldé. On peut se l'offrir. Pleine de fonctions. Ca reste une chose. Là-bas, dans l'arène, les autres. Les fauves. Moi, c'est facile, ça s'habille toujours comme l'as de pique, ça mange des glaces seule le soir, ça morve, ça suinte, ça tient pas avec les bas qui collent, moi, c'est facile. Bien sûre, ça reste la meilleure chose. Même meilleure, une chose, ça reste une chose.
Il était tard. J'ai pris des alcools forts dans la nuit. J'ai souris à des types dans des bars glauques. Et après, j'ai marché, au hasard, je respirais, je respirais fort, je pensais à moi, j'ai oublié les choses qui me ressemblaient, qui ne rimaient à rien. Seulement Elsa, sa blondeur, son coeur, c'est simple, c'est supperficiel, elle est crétine, elle est adorable, elle est ce que je déteste dans ces talons vuittons, chemise ouverte, déjeuner lascif, terrasse blanche avec ses jambes dix fois les miennes, seulement Elsa, ne plus penser à ton darwinisme, trouver aussi mon "meilleure" à moi, aussi. Dix mille fois Elsa. Quand ça t'énerve, quand pour une fois c'est pas un homme, que tu peux pas te mesurer, Elsa, c'est pas mesurable, elle a rien entre les jambes, alors pour toi, ça dérape, de ne pas pouvoir y mettre des mots, de savoir que la chose peut en avoir des encore plus jolies que les tiennes, que tu vas trouver ça dégueulasse, que je mélange mes doigts dans les cheveux blonds d'Elsa, de sa torture à me hisser sur ses escarpins aigus, à me placer, sournoise entre son amour et son amant. Mais moi je m'en balance, je suis la chose, c'est pas comparable, moi, je m'en balance de ta façon de dire "avec un homme marié, ça collait bien", non, ça colle pas, on ne dit pas ça, l'amour ce n'est pas des histoires de glue et de géométrie, l'amour c'est pas pour les machines, les bibelots, la chosification, l'amour, c'est le mélange et la couleur que ça fait quand je glisse mes doigts dans Elsa. Dix mille fois.
12.1.06 02:01


Le syndrome d'anniversaire.

La fuite en avant, c'était déjà il y a quelques années. Mon incapacité à me fondre dans la masse, a devenir cette éponge qui absorbe, qui pompe et draine les autres. Maman m'appelle et je pleure doucement au téléphone, je lui raconte le bourdonnement derrière les oreilles, la langue sèche et aride, la fièvre qui avoisine les trente-neuf degrés, les cauchemars et la sueur, quand je me réveille nue près d'Antoine, qu'il rigole lorsque je dis LA maladie, LE virus, comme si ce n'était plus ma propre bactérie, mais soudain une entité universelle, une épidémie que je portais en mon sein et qui pouvait éradiquer les autres, je dis Maman et elle réponds « c'est juste le syndrome d'anniversaire ».
L'anniversaire, c'était ce qu'il y avait de douloureux, changer pour ne rien vraiment changer, se prendre une tranche de plus mais bon, la vie d'adulte, c'est dégueulasse. L'anniversaire c'était ces sonneries acides qui restaient silencieuses, ces gâteaux pour dix qui ne se finissaient jamais et plus tard, ma solitude, à moi, comme pour rassurer les autres, où je m'endormais vers dix heures dans ma chambre, où je faisais des détours dans le quartier, pour faire croire que c'était important.
Et la douleur aigue dans les tempes, l'angine à l'emporte pièce, j'éradique doucement les messages de S., je les efface comme l'on décapite la volaille, je suis sans rien, sans étât d'âme, j'efface et je ne regrette rien. Lassitude de ses petites mesquineries, son égoisme précaire, ma soit disant folie, ses colères d'enfants lorsque je ne suis pas douce et puis s'en aller, parce-qu'après tout, c'est plus facile de courir vers ce qui nous dépasse.
Sans doute, mes allers-venus y sont pour quelque chose, de cette foutue bactérie qui me vertige les paupières, le réveillon, champagne et puis champagne jusqu'à l'épuisement, un balcon grisé, glacé où je restais dans ma robe noire froissée à fumer des pétards et puis fluide, encore les marches, les escaliers, les vestiaires, le bar, le champagne et cette villa parisienne qui n'en finissait pas, cet homme qui me parle de l'énergie solaire sous des vestiges de neige, je lui réponds que je suis ici par hasard, et puis narines blanches, coeur crevé et rire dans mon sautoir de perle, marelle et petite défonce d'un après-minuit qui m'enrhume déjà, les mains sur le volant, je le préviens "je n'aime personne". Dans sa salle de bain, décortiquer les flacons, jouer à quatre mains sur les rebords de lavabo, faire valdinguer Dior, les tubes, me démaquiller sur les cabinets, champagne, dernière herbe qui brûle la tête, debout contre l'encolure de la porte, regarder ce type sourire, et moi je m'en fous, je pense à rien, je casse ma flûte contre mon talon, il me regarde comme un insecte, à moitié nue, à moitié pâle. Je lui demande de se droguer ou de me faire l'amour, mais de choisir.
Matin blême, et l'on se caresse comme on se blesse, d'une première nuit qui suinte l'alcool, je suis lasse, je suis déjà malade et de rentrer chez Antoine, fou de colère, habillée comme un garçon, de ce pantalon trop grand qui me laisse préfèrer les nuits solitaires, et Antoine, toujours que je ne me résouds pas à quitter, comme si l'on me passait sur le corps, mais pour de faux, pour du jeu, dehors il pleuvait et puis contre sa nuque, aujourd'hui, regarder ses mains pleines de médicaments, ses douces attentions, et rauque et lasse, lui mettre les doigts dans la bouche, lorsque trop souvent, il me demande si je l'aime encore un peu.
8.1.06 13:11


8.1.06 03:01




Malade comme un chien, sous antibiotiques, je demande des tisanes à Antoine, d'une voix lasse qui n'échappe pas à des vertiges répétés. Angine rouge.
6.1.06 21:43




"Ils voulaient me garder. Mais j'ai dis non. Je ne fréquente pas les hôpitaux. Ca me va très mal au teint."
30.12.05 18:13


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